SAP et Anthropic : Le mariage de la survie face au tsunami de l’IA générative

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Derrière les communiqués triomphants et la novlangue du « partenariat stratégique », l’alliance entre SAP et Anthropic a tout d’un mouvement de survie dicté par l’urgence. En s’associant avec le créateur de Claude pour propulser son assistant Joule, le géant allemand des progiciels a surtout choisi son camp pour éviter de se faire purement et simplement balayer par la vague des agents autonomes. Face à une tech qui grignote chaque trimestre des pans entiers de la chaîne de valeur logicielle, c’était l’alliance ou la marginalisation.

Le modèle historique de SAP – fondé sur des interfaces lourdes, des centaines de milliers de tables complexes et la facturation par « siège » ou par utilisateur (les fameux FUE) – est directement menacé par l’arrivée des agents conversationnels capables d’exécuter des processus métier de bout en bout. Sans les capacités de raisonnement logique de Claude pour piloter ses briques (S/4HANA, SuccessFactors, Ariba), SAP risquait de devenir un simple stockage de données muet, un tuyau opaque que les entreprises chercheraient à contourner. En clair, intégrer Claude était devenu une question de vie ou de mort pour s’assurer que l’IA travaille dans l’écosystème SAP au lieu de le rendre obsolète.

Ce mariage en trompe-l’œil pose toutefois un redoutable défi aux directions informatiques. En s’appuyant sur le modèle d’Anthropic, SAP tente de verrouiller sa position en combinant le raisonnement de Claude avec son propre graphe de connaissances (Knowledge Graph). Mais pour les clients, la pilule a un coût : ce grand saut vers « l’entreprise autonome » suppose un nettoyage drastique des systèmes (le fameux clean core) et une dépendance accrue envers un duopole technologique de fait. SAP a beau jeu de vendre l’automatisation de la clôture comptable ou de la chaîne logistique ; dans les faits, l’éditeur sous-traite le cœur de l’intelligence décisionnelle à un acteur externe tout en continuant de faire payer au prix fort sa lourde infrastructure. Un pari risqué, où SAP joue ni plus ni moins sa place de leader face au rouleau compresseur de l’IA.